MNM continue à ratisser bien large!
Et cette nouvelle édition vous propose le choc des sensibilités et des cultures, le choc des médiums et des pratiques!
Pour reprendre les mots de mon camarade Walter, l’activité des musiciens créateurs comporte bien souvent une part de délinquance et même d’iconoclastie. Songeons à cette merveilleuse peinture de Max Ernst où Marie donne la fessée à l’enfant Jésus… ou à Hugo Ball, George Antheil, Frank Zappa, Marcel Duchamp, pensons encore au programme du «Refus Global», parmi tant d’autres.
L’iconoclaste est par définition le destructeur de symboles (tels les partisans des empereurs byzantins qui s’opposèrent au culte des images saintes à partir du 8e siècle). Le délinquant quant à lui trouve un (malin?) plaisir à remettre en question et à déjouer les règles établies.
Et il semble bien que les esprits créateurs partagent cette fière attitude de déviance, caractérisée par un comportement échappant aux règles et aux normes.
Le musicien créateur cultivera sa différence, et — pour notre plus grand bonheur et à la mesure de son talent — il dépassera l’iconoclastie et la délinquance et commencera à «dévier au fil de sa fantaisie»: il empruntera de nouvelles avenues pour y installer son témoignage, qu’il corporisera dans un nouveau monde sonore singulier!
L’expression par la musique a ceci de merveilleux qu’elle arpente des voies aussi diverses, complexes et riches que ses protagonistes même. Elle est la trace des cultures, elle constitue autant de témoignages que de visions, elle bat telle un sismographe, elle fait vibrer dans le sonore nos appréhensions tout comme nos aspirations.
Notre début de millénaire mondialisateur voit se généraliser le consumérisme où la valeur symbolique de l’art (traditions séculaires basées sur le concept de l’œuvre signifiante) s’estompe souvent au profit de sa pure valeur «d’entertainment», au profit de sa simple «cote d’écoute».
La musique de création elle, se tient, se dresse — comme elle l’a toujours fait — et nous propose la déviance, l’invention et la diversité!
C’est avec un certain sourire que je me rappelle le fameux concept de «malbouffe» (et son équivalent anglais junkfood) définit au début des années quatre-vingt par Stella et Joël de Rosnay. Ce terme «savoureux!» se réfère à un certain type d’alimentation très peu varié au goût uniforme et standardisé et — qui plus est —, conduisant à un déséquilibre nutritionnel chronique!
En ces temps de festival boulimique, permettez-moi de suggérer l’analogie de la «mal-musique» envahissante…: un art standardisé, peu nourrissant et qui maintient ses auditeurs dans un état de carence affective et intellectuelle…
Et MNM 2007 vous propose en près de vingt-cinq concerts une ALTERNATIVE à cette idée de «mal-musique»: Des musiques proliférantes, des musiques signifiantes, des musiques qui — oui — osent le goût, dans tous ses registres!
Et pour terminer en mode gastronomique… Le Québec peut maintenant s’ennorgueillir de plus d’une centaine de micro-brasseries, de mille et un produits du terroir tous plus «goûteux» les uns que les autres... Depuis deux générations il semble bien que le plaisir de goûter se soit développé… à l’usage et pour notre plus grand plaisir!
Nous permettrez-vous, cher public, de vous inviter à notre table musicale et de titiller vos papilles?
Chers festivaliers, Bon appétit!
Denys Bouliane
Co-directeur artistique de MNM

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mardi 17 avril 2012. Conception et mise à jour: DIM.